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L’échappée belle
Anna Gavalda
Chère Anna Gavalda... comment fait-elle pour mettre tant de beauté dans la vie de tous les jours, donner autant de charisme à ses personnages et leur insuffler à ce point ce goût de l’aventure, de l’inédit, cette force de réaliser leurs rêves que nous avons tous mais que peu réalisent... Le ciment de toutes ses histoires ? L’amour, non ?
Le complexe de Di
Dai Sijie
Le jeu de mots contenu dans le titre donne le ton du livre. Il s’agit d’une satyre de la Chine « communiste capitaliste », où Freud et la psychanalyse sont totalement inconnus. Sans concession avec la réalité, l’auteur nous embarque dans une quête amoureuse, tendre et acide à la fois. Le héros emploiera tous les moyens pour parvenir à délivrer son aimée des griffes du juge Di, affligé, entre autres défauts, d’un complexe freudien: dépuceler des jeunes filles. Il part donc à la recherche d’une jeune vierge qui satisferait l’appétit de l’ogre Di. Mais..... Voilà pour l‘histoire. Un style fleuri, de nombreuses digressions, de longues pages un peu fatigantes vers le milieu du livre, puis, dans les derniers chapitres, un regain d’intérêt m’a à nouveau gagné. C’est là une littérature particulière, orientale par la manière et bien française par la plume alerte et savante de Dai Sijie. Un bon livre.
Le Livre de Catulle de Vérone
Catulle
La collection Thesaurus (Actes Sud) compte quelques joyaux. Celui-ci en est un. Pages de gauche, texte latin, page de droite, texte français. Ce n’est pas sans rappeler les ouvrages bilingues des grandes collections universitaires. Mais là, je ne suis pas sûr qu’il faille nécessairement être latiniste pour apprécier ce type d’ouvrage. La lecture du texte en français, puis un coup d’oeil de temps à autre sur l’original latin est plutôt divertissant... Saviez comment se dit « clitoris », « salope immonde » ou « se faire sucer » dans la langue de Tibère? Evidemment, ça ne sert pas à grand chose, mais je trouve que l’existence de ces textes parfois salaces, parfois féroces, souvent tendres, toujours poétiques d’un jeune homme né et mort avant JC, dont le profil est si proche de notre cher Rimbaud, est réjouissant. Cela rappelle que le latin, ce n’est pas seulement La guerre des Gaules, Le De Viris, Sénèque, Suétone ou Tite-Live, mais aussi (grâce aux dieux...) Pétrone, Ovide, Martial ou Catulle, un « nouveau poète », qui rompt avec le classicisme, et chante ses maîtresses et petits amis en mots crus, parfois même obscènes, mais dans des vers si bien scandés (à mon avis) et si légers... A découvrir...
Le Dit de Tianyi
François Cheng
Quel commentaire écrire sur ce merveilleux livre qui a fait l’unanimité à sa sortie? Notre académicien est à lui seul la fusion des deux cultures occidentale et chinoise. Le Dit de Tianyi est l’histoire d’une vie contenue en 400 pages, astucieusement racontée sous forme de roman, où l’intérêt de l’aventure des trois personnages - mais sont-ils bien trois? - est rehaussé par un style impeccable, un vocabulaire incroyablement riche et précis. C’est aussi l’histoire de ce grand pays qu’est la Chine, de la guerre sino-japonaise à la Révolution culturelle, où l’auteur dénonce les nombreux abus du régime et de son Chef. Seul roman paru à ce jour de François Cheng, ce livre est un chef-d’oeuvre. Elu à l’Académie Française en 2002, F. Cheng a reçu le prix André Malraux pour Shitao, la saveur du monde, le prix Roger Caillois pour ses essais et son recueil de poèmes Double chant, le prix Femina pour le Dit de Tianyi et le Grand prix de la Francophonie pour l'ensemble de son œuvre.
Sodome et Gomorrhe
Marcel Proust
Quel plaisir de lire le Maître incontesté de la littérature du début du XXème siècle! Ouvrir un autre livre après lui tient de la gageure.. Tout est dans Proust : élégance de l’écriture, leçon de style, vocabulaire choisi, parfois un peu désuet, mais jamais indigeste, caricatures sans concession, analyse fine des situations... Bref, de quoi donner à la fois des complexes à un apprenti écrivain, et le désir de s’améliorer, de suivre les traces de cet auteur exceptionnel, inclassable, qui a ouvert de nouvelles voies au roman.
La mort d’Edgar
Franz Bartelt
Vous connaissez Bartelt? Son style fort, sa truculence, ses phrases truffées de qualificatifs judicieusement choisis, ses histoires invraisemblables, et pour les Ardennais, dont je suis, ses ardennaiseries ? Non ? Alors, ne perdez plus une minute, lisez Bartelt...
Les oiseaux de Bangkok
Manuel Vazquez Montalban
Excellent polar pour changer un peu... Mais on ne présente plus Montalban. Lire aussi le quintette de Buenos Aires, et Meurtre au Comité central... A propos de Polar, si vous avez l’occasion de tomber sur un Donna Leon ou sur un Fred Vargas, n’hésitez pas...
Sindbad le marin
Ce récit du 8ème siècle nous emmène de Bagdad à la découverte des mers du sud-est asiatique, où Sindbad va chercher fortune. Emaillé d’incroyables anecdotes sur les moeurs des peuplades rencontrées,d’épisodes fantastiques, ce récit charmant est aussi une leçon d’humanité. Il montre en outre que l’Islam bien compris est une religion pleine de promesses, d’altruisme, de générosité et de sincérité... Copie musulmane extrémiste contemporaine à revoir...
L’Iliade
Homère
Dans la foulée de Sindbad, j’ai éprouvé le besoin de poursuivre mes lectures homériques. Donc, Homère. Eh oui, de temps à autre, une plongée dans les grands classiques ne fait pas de mal. Homère reste le nec plus ultra de l’Epopée. Il faut parfois s’accrocher pour ne pas se lasser de la traduction de Leconte de Lisle, dans laquelle je relis ce texte. Les noms y sont une adaptation littérale du texte grec, mais lorsque l’on connaît un peu la mythologie, on s’y retrouve. J’ai découvert que l’Iliade s’arrêtait bien avant la conclusion de la guerre de Troie, puisqu’à la fin du livre, si Hector a succombé, Achille est toujours bien vivant et il n’est pas encore question du Cheval. La suite st plus ou moins racontée, très brièvement, dans l’Odyssée, mais il faut attendre Virgile et son Enéide pour avoir polus de détail sur la prise de Troie.
Les mémoires de Zeus
Maurice Druon
Révision complète et plaisante de la mythologie grecque. On ne sait jamais tout... Saviez-vous que l’humanité est plus ancienne que la plupart des dieux de l’Olympe, puisqu’elle a été créée par Ouranos, grand-père de Zeus, qui l’installa sur l’Atlantide, véritable paradis terrestre... Ah! Je vous surprends ? Et l’Atlantide, ça vous dit quelque chose...
L’Odyssée
Homère
Je n’allais pas m’arrêter après l’Iliade! Tout le monde connaît ce long périple qui ramène Ulysse chez lui, à Ithaque, après la guerre de Troie. Malheureusement, si les dieux de l’Olympe ont assuré au fier guerrier qu’il rentrerait chez lui, un jour, qu’il retrouverait son fils et sa femme, la douce et fidèle Pénélope, ils ne lui ont pas dit combien de temps il lui faudrait auparavant errer sur les mers et quels périls il devrait affronter, y laissant nombre de ses valeureux compagnons. Dans cette aventure, les déesses se montrent souvent les plus intraitables. Mais le charme d’Ulysse est si puissant qu’elles tombent souvent amoureuses de notre héros. Ce qui ne l’arrange pas toujours. Est-on vraiment maître de son destin? Il faut relire ces deux classiques. De l’aventure, de la passion, de la raison, à l’aube de notre civilisation. Un bain de jouvence.
La vénus à la fourrure
Leopold von Sacher-Masoch
Apologie de la domination consentie? Pas seulement. On est loin de ce que l’on nomme habituellement, par déformation de l’esprit de l’auteur de cet ouvrage, le masochisme. La Vénus est un livre plein d’humour, de finesse, remarquablement écrit, qui décrit un jeu sensuel dangereux pour l’équilibre des protagonistes, mais non dénué de charme. Une découverte pour moi.
Les mystères de Paris
Eugène Sue
Une saga en dix parties, parue en roman-feuilleton pendant plus d’un an, en 1843, dans « Le journal des débats », Les mystères de Paris offrent une peinture terrible des bas-fonds de la capitale, de la misère qui règne chez les petites gens, qui malgré un travail souvent harassant parviennent à peine à loger et nourrir leur famille. C’est aussi l’histoire touchante d’un jeune prince germanique qui pénètre, vêtu en ouvrier, ce milieu interlope où vol, prostitution et meurtre sont monnaie courante, et s’attache à sauver les créatures qu’il juge les plus méritantes. Mais Les mystères de Paris sont aussi une plaidoirie pour plus de justice sociale, pour une amélioration des conditions carcérales, pour une reconnaissance par l’Etat des mérites des bons citoyens – on punit les méchants mais on ne récompense jamais les bons… Roman de la réforme sociale où certains, à l’époque de sa parution, on crut voir une « mystification philanthropique », ou encore un « scandale esthétique et moral », aboutissement d’une « dégradation de la littérature », Les mystères de Paris fourmillent de détails, d’anecdotes, d’analyses, de portraits sans complaisance des différents acteurs de la saga, dans toutes les couches sociales. Entre Victor Hugo et Emile Zola, Eugène Sue ne laisse pas indifférent. J’ai été conquis par les aventures de Rodolphe, de Fleur-de-Marie, de Rigolette, du Chourineur, de Mme d’Harville et de leurs adversaires, pour ne pas dire leurs ennemis. J’ai aussi appris énormément sur ce Paris du début de XIXème siècle, si brillant côté Cour, si effrayant côté rue… D’un abord un peu rébarbatif dans les premières pages, en raison du nombre impressionnant de mots d’argot utilisés par l’auteur pour mieux faire sentir l’atmosphère dans la quelle il entraîne le lecteur ou d’expressions qui n’ont plus cours aujourd’hui (un glossaire de près de 300 mots est proposé à la fin de l’ouvrage, dans l’édition de France Loisirs) on se laisse vite prendre dans les filets des Mystères de Paris. A lire absolument ou à relire…
Les bulles
Claire Castillon
Son précédent livre « Dessous, c’est l’enfer », m’avait déçu. J’ai un peu hésité avant d’acheter le dernier recueil de nouvelles de Claire Castillon… Trente-huit historiettes, dont la plus longue ne dépasse pas sept pages, articulées autour de trois thèmes principaux : les copines, les relations mère-fille, et le couple, où l’homme est le plus souvent décrit dans son rapport au sexe, et bien sûr pas sous son meilleur jour... Mais soyons juste : certains comportements féminins sont aussi éreintés dans ce petit livre. Trois thèmes principaux et une nouveauté : la mère et l’enfant. Ou de la difficulté d’être femme et mère…Des bulles fantaisistes, parfois criantes de vérité : le style toujours incisif, ironique, presque déjanté de Claire, allié à un sens aigu de l’observation. J’ai retenu de cette lecture la maîtrise de l’auteur dans ce genre si particulier qu’est la nouvelle. Une manière particulière d’aborder la narration, une structure originale du récit, l’emploi de phrases courtes, de mots précis. Rien de trop dans les textes courts de Claire Castillon. Malgré un usage peut-être excessif de la deuxième personne du singulier, les bulles sont, c’est certain, un modèle du genre pour ceux qui se piquent d’écrire des nouvelles.
Une longue parenthèse japonaise
Je n’étais pas jusque là très familier de la littérature japonaise. J’étais plutôt Chine. Avec le dernier ouvrage lu, en novembre 2010, La joueuse de go, de Shan Sa, qui m’avait séduit, comme les auteurs chinois précédemment lus, où il est beaucoup question du Japon, envahisseur de la Mandchourie à l’époque du récit écrit par Shan Sa. Par curiosité, j’ai acheté Papillons de Mishima; Enthousiasmé par son style, j’ai enchaîné avec Le Pavillon d’or. Puis Akinari, un grand classique, et Kawabata, prix Nobel, dont le Pays de Neige m’a laissé « sidéré »... Si, si.. Alors, j’ai poursuivi mes lectures nippones, avec l’incontournable Murakami - La ballade de l’impossible, Le passage de la nuit, Sommeil, Kafka sur le rivage, Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil. Et l’envoûtement, au fil des pages, est resté le même. J’adore cette littérature onirique et réaliste à la fois, pleine de sensibilité, d’excès aussi: le Japon, tel que je l’imagine, vu dans un miroir, sans l’effet miroir. Entre deux Murakami, j’ai également dévoré Manazuru de Harumi Kawakami. Enfin, le conte d’Eric Faye, Nagasaki, en restant dans la veine semi-fantastique, ne m’a pas déplu. Je ne sais quand cette parenthèse se refermera...
En attendant, j’ai relu Le Procès de Franz Kafka. Et ne suis plus étonné qu’il ait inspiré Murakami...
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