Quatre poèmes...
Mon premier recueil de poésie, intitulé Couleurs est paru en 1972 dans une petite maison, les Editions Saint-Lazare. Aujourd’hui épuisé, ce petit livre d’une centaine de pages proposait au lecteur près de quarante poèmes. Il était préfacé par le poète ardennais Théophile Malicet, auteur de L’offertoire sur l‘enclume, de La foi est une aurore, et de bien d’autres témoignages de sa vie d’ouvrier et de chrétien.
J’avais de mon côté rédigé un petit texte de présentation. Le voici:
Nous avons grandi ensemble. Les êtres et les choses m'intimidaient. Je les trouvais beaux mais n'osais le leur dire. Elle fut mon ambassadrice. Elle a chanté mes amours, glorifié mes amitiés. Elle a pleuré mes peines. Comme mon innocence, mon désarroi, ma rancœur, mon désir, elle s'est livrée, elle a trahi, elle a menacé, elle a supplié. Mais surtout, surtout, elle ne m'a jamais quitté. Ce petit pincement au cœur, pour trois notes sur une guitare, ce grand souffle d'aventure, pour trois lignes d'Homère, c'était elle. Je lui rends ici l'hommage qui lui est dû.
Les deux poèmes qui suivent sont extraits de ce recueil:
Il faisait chaud
Il faisait chaud.
La Meuse déversait lentement des eaux
Que ne troublait aucun remous.
Je longeais ses rives parsemées de pêcheurs.
Le soleil au zénith cuisait mes bras nus.
Il faisait chaud,
Mais mon cœur avait froid.
Longtemps j'ai marché.
La rivière, son vieux moulin,
La gare et son square,
La place et ses arcades
M'ont vu passer, longuement.
C'était un jour de lenteur.
Tu m'avais dit : il ne faut pas.
Et m'avais planté là,
Sur le pont suspendu.
Laissé là, seul.
Et je savais.
Mon regard jamais plus ne croiserait le tien,
Mon ombre jamais plus ne jouerait avec la tienne,
Sur la pierre ocre de ma ville.
Et mon ombre savait,
Et mon cœur avait froid.
Journal de la dame seule - L'enfant
Dans la chambre glaciale aux papiers déchirés,
Où nous devons reposer,
Pauvre lune d'avril à la face blafarde,
Tu joues avec la mansarde.
Dans la chambre glaciale aux papiers déchirés,
Ton désarroi m'a charmée,
Quand tu m'as raconté ta peur et ton émoi,
Devant ton corps, et ta joie.
Dans la chambre glaciale aux papiers déchirés,
Où je t'ai déshabillé,
Tu m'as offert tes lèvres et tes bras et tes hanches,
D'une beauté de pervenche.
Dans la chambre glaciale aux papiers déchirés,
Quand tu m'eus déshabillée,
Tu découvris l'amour avec tes dix-sept ans,
Et ne fus pas innocent.
Dans la chambre glaciale aux papiers déchirés,
Où nous avons reposé,
Douce lune d’avril à la face poudrée,
Tu berças nos chairs mêlées.
Les deux suivants sont plus récents, ils sont extraits d’un cycle de huit pièces, Pour L :
3 – Désirs refoulés
« Vouloir et ne pas oser
Souffrir sans gémir ou se plaindre
Sans un cri »
Qu’il est beau ce corps étendu, si menu,
A la peau veloutée et tachetée de soleil.
Qu’il est jeune, ce visage ombragé de souffrance
Et pailleté de bonheur.
Qu’il m’attire ce corps enveloppé de mystère
Dans sa tunique blanche
Et son fuseau de mer
Qu’elles me blessent mais comme je les excuse
Ces mains qui l’ont parcouru
Et peut-être le parcourent encore.
Qu’il est doux, l’ovale de ce visage
Aux yeux profonds, remplis de vagues et de corail.
Qu’elle est troublante, la ligne de ces lèvres
Parfois si proches des miennes
Que ma bouche voudrait les effleurer.
Et ma main caresser ces cheveux gonflés.
Que de désirs refoulés
Que de tristesse dissimulée
Que de courage il faut
Pour la contempler
D’un regard apparemment léger !
7 - Derniers jours
J’ai imaginé mes jours sans toi
Et j’ai vu l’aube tomber dans les champs
Comme un torrent de sang noir sur la neige.
Les jours ne commençaient plus
Ils patientaient, refusant la vie,
Comme un mendiant attend la mort
A bout d’espoir.
Midi ne venait plus.
Le soir n’existait plus.
La lumière même s’éteignit
Et Dieu regretta
Ne pas nous avoir unis.
